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L’invention de la beauté intérieure

Aujourd’hui, j’ai décidé de mettre les pieds dans le plat. Comme ça c’est dit ! Oui je le fais toutes les semaines mais là au moins, je me suis annoncée (et puis vous aimez ça de toute façon). Donc parlons de la beauté intérieure. C’est-à-dire ce concept magnifique qui dit que « ce n’est pas grave si tu n’es pas jolie, si tu es une fille bien ça rattrape.« 

Jusqu’à il y a très peu, je trouvais, comme tout le monde, l’idée assez géniale. La beauté intérieure, c’est le truc qui me faisait dire que le maquillage ne servait à rien et que faire ses courses en sweat-shirt, c’était quand même le mieux vu que c’est super confort. Sauf que, comme tous les concepts, j’ai fini par le remettre en question. Et bam, ça a encore bien fait mal aux dents.

Alors c’est parti, déconstruisons la beauté intérieure.

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1 Ce n’est pas grave si tu n’es pas jolie

Revenons sur la naissance du concept de beauté intérieure.

En fait c’est con, mais les problèmes sont arrivés assez vite face au concept de beauté plastique.  La beauté, apanage des femmes, se traduit notamment par la surreprésentation des corps féminins dans l’art : « Pour notre époque, le nu évoque essentiellement un corps féminin, héritage d’un XIXe siècle l’érigeant en absolu et en objet d’un désir viril assumé. » (Musée d’Orsay, Masculin/Masculin). Oui, une femme a de la valeur si elle est belle, et avant tout si elle est belle. La femme se fait belle pour « se faire être ». « Sans beauté, elle n’existe plus dans la société. » (Simone de Beauvoir, le Deuxième Sexe).

Un exemple? Allez, un facile et récent en prime :

« Ce sont des jeunes femmes extrêmement fines, extrêmement jolies, extrêmement élancées, dont l’aérodynamisme n’a d’égal que le charme. »

Annie Friesinger. Patinage de Vitesse (Allemagne).
Annie Friesinger. Patinage de Vitesse (Allemagne).

Nelson Monfort à propos des patineuses de vitesse au JO. Autant dire que des millions de qualités autre que la beauté, peuvent leur être attribuées. Mais ce qui compte, c’est quand même la taille de leur cul.

Une femme belle, élégante, classe, distinguée a de la valeur. On peut la marier à un beau parti (un homme riche, pas beau plastiquement, la beauté EST féminine, je vous le rappelle). On peut l’élever au rang de muse, d’égérie, de symbole, de modèle.

Sauf que, outre que le fait que la beauté donne d’emblée un rôle passif à la femme (c’est un autre débat qu’on verra plus tard), en liant la valeur des femmes à leur plastique, on crée une sous-catégorie : les femmes moches. Celles qui ne rentrent pas dans les canons de beauté en vogue se retrouvent à l’extérieur, inutiles, immariables, imbaisables, inembauchables et sans valeur. Du coup la société risque que cette partie, conséquente, de la population féminine, trouve cela injuste, et se rebelle (Oh non ! Pas une rébellion !)

Vite une réunion de crise :

Mec 1 : Les mecs, on a un problème!

Mec 2 : Quoi donc ?

Mec 1 : Ben, les moches apprécient pas trop qu’on leur envoie dans leur tronche qu’elles sont moches, et que du coup, elles ne valent rien.

Mec 2 : Merde, j’avais oublié les moches…

Mec 3 : Peut être, mais elles, elles t’ont pas oublié et elles veulent ta peau.

Mec 2 : Bon on va leur donner un os à ronger…

TADA ! La beauté intérieure est née.

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2. Etre une fille bien

Le concept fabuleux est né. Quoi de mieux que de construire l’échelle de valeur sociale sur la beauté extérieure. Et sans y toucher, expliquer aux moches, celles en bas du classement, qu’elles sont en haut du classement de la beauté intérieure. Celui des filles gentilles, aimables, douces, maternelles… Tout le monde le sait, les filles belles sont écervelées,  égoïstes et vénales et les moches sont gentilles et attentionnées.

La merveille totale de ce concept, c’est que l’échelle de valeur reste la beauté. Une femme n’a de la valeur que si elle est belle, on introduit qu’une variation « spatiale » en utilisant intérieur/extérieur. Encore une fois la dualité et l’exclusion sont clairement présentes : c’est belle soit dedans soit dehors. Mais on continue à parler de beauté donc pas touche à l’intelligence, l’humour, l’ingéniosité, la curiosité, la combativité, l’ambition… Valeurs toute conservées pour les hommes. Les femmes restent belles. Ou, si elles ne peuvent pas, du moins seront elles douces, polies, attentionnées…(Pour la classification des qualités, merci de vous référer à Freud, Schopenhauer et j’en passe !)

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3. Oups

Et ça marche très bien. La beauté intérieure, c’est le truc auquel on se rattrape tout le temps en tant que femme. Sauf que concrètement, la beauté intérieure ne compte pas. L’apparence physique restant le premier contact que les gens établissent avec vous, si vous êtes beau, vous prenez de l’avance sur les autres. Une avance de deux ans d’étude de plus sur le CV, qui vous rend légitime pour parler de maquillage, mais aussi de sexe et de féminisme. Parce que la beauté intérieure, ce n’est pas être une personne droite et juste, c’est ressembler à une petite fille modèle. Parce que la beauté intérieure devrait être : « accepte-toi toi même » au lieu du lot de consolation pour celles qui ne correspondent pas au standard établi.

Une preuve ? Toute la mythologie sur le sujet n’est qu’une grosse blague misogyne bien grasse. (Disney si tu m’entends…)

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Je suis intelligente, et originale et fantastique. Et tu t’accepteras telle que tu es une fois que tu seras plastiquement conforme.

Oui, la beauté intérieure, c’est une blague et ça n’existe pas. Parce que une femme peut être belle et intelligente en même temps (je sais la vie est injuste), parce qu’une femme peut être moche et bête et méchante, oui. Parce que l’intérieur et l’extérieur n’ont pas grand chose à voir en soi. Mais qu’à force d’associer la valeur d’une femme à sa beauté, les femmes elles-mêmes ont oublié que le corps n’est que le contenant et l’enveloppe, important mais pas une vérité absolue sur une personne (Pensez à nous rappeler de vous parler du marketing de la beauté culpabilisant une autre fois !). Et que c’est ce que l’on fait avec cette enveloppe qui devrait importer par dessus tout et pas ce qu’on fait d’elle (à tous les points de vue d’ailleurs, suivez mon regard). Même si nous sommes conscientes que nos yeux étant notre première source d’information, elle ne peut pas être entièrement niée. Rendons au corps juste sa vraie place et à chaque femme ses qualités.

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