Les magazines féminins et nous

La semaine dernière, nous avons publié un article sans commentaire. Vous n’avez tout de même pas cru qu’on vous laisserait sans rien? Si? Dommage…

Je dois vous avouer, qu’après avoir acheté autant de magazines, j’ai eu un peu la nausée. En lire un ça passe bien mais au bout de trois on a un peu envie de les jeter par la fenêtre. Cette vive émotion au contact du papier me fait poser cette question. Mais pourquoi donc sont-ils si horripilants?

Le sexe opposé

Mon expérience des magazines était assez limitée avant cette folle aventure qui consista à tous les acheter d’un coup. Il m’a paru important de les lire à la lumière de ce qui se fait pour les hommes : GQ et Men’s Health. En comparant les deux formats, ce qu’il m’a le plus choqué, ce n’est pas la différence de ton, de sujets abordés ou d’humour, c’est plutôt la manière dont était abordé le sexe opposé en général.

Dans les magazines féminins que j’ai pu lire, c’est-à-dire un bon paquet de la gamme, les hommes sont utilisés comme baromètre. Ils s’imposent comme juges de nos actes, nos dires, nos tenues… Lorsque le sujet est important, l’avis des hommes est donc indispensable. Il est assez scandaleux de voir que, dans un magazine féminin, qui pourrait profiter de sa place privilégié auprès des femmes pour les éduquer au féminisme et à l’autonomie, la place réservé aux hommes soit celle du censeur. (Un pas en avant, deux pas en arrière).

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Petite comparaison entre les magazines qui s’adressent aux femmes et ceux qui s’adressent aux hommes

Iconographiquement, dans les pages qui ne sont pas strictement dédiées à la mode, les hommes sont très présents. Les femmes sont rarement seules sans eux. Ils sont automatiquement reliés au rôle de conjoint et de juge de nos comportements. Toujours belle gueule et grand sourire, ils sont à nos cotés pour former cette unité indétrônable du couple. Tous les magazines sont d’accord sur le sujet, être une femme célibataire, c’est ne pas être complète. Il faut donc avoir une relation bien étiquetée. Le moindre flou est sujet à des débats illimités sur le niveau d’attachement du partenaire. On lui demande son avis sur nos derniers délires, sur nos manies et notre vie sexuelle (WTF !). On peut lire que c’est un scandale de ne pas le prévenir de notre futur rendez vous chez le coiffeur, qu’il faut bien vérifier s’il est prêt à supporter une chieuse. Qui, d’après eux, se définit comme une femme avec : « un caractère et qui sait ce qu’elle veut ». Un être humain en quelque sorte. Oui parce que les hommes n’ont aucun problème pour nouer une relation avec un pot de fleur, par contre s’il a de la conversation ca devient trop compliqué. C’est tout même une vision de l’homme relativement limité. Je me demande encore où ils vont pêcher leur Pierre, Marc, Luc ou Batiste pour faire leurs micro-trottoirs.

Dans les magazines qui s’adressent aux hommes, au contraire, les femmes sont quasi inexistantes. Enfin presque. On ne peut pas vraiment dire qu’elles soient présentes sur les photos vu qu’aucun visage féminin n’est visible. Pour le coup, elles font vraiment office de décor. Ils ont remplacé le thuya par une paire de fesse, la table basse par une silhouette quasi-nue. On leur propose bien des conseils pour nous acheter des bijoux, ou pour comprendre notre dernière lubie capillaire. Mais cela s’arrête là. Ce qui est déjà pas mal.

Les hommes "sensées" ne montrent pas la tête de leur compagne...

Les hommes « sensés » ne montrent pas la tête de leur compagne…

Je vous avoue que lire Men’s Health, c’est un peu comme faire une plongée dans les années 50 en terme de vision de la femme. En tout cas, il semble dire que les hommes n’ont pas besoin de nous pour savoir si leurs tenues conviennent, s’ils font bien l’amour ou si leur dernière relation était plutôt « libertaire rajeunie » ou « addictive fusionnelle ». En fait, dans la presse pour les hommes, on part un peu du principe que le client est plus ou moins en couple, qu’il est évidemment hétéro et que franchement, il n’est pas intéressant d’en parler plus que cela. Surtout, les journaux n’utilisent pas la voix des femmes pour analyser les modes, les envies et les comportements des hommes. Ils font ce qu’ils veulent. C’est tout.

De la qualité du matériel proposé

Les femmes elles, ont besoin d’être rassurées apparemment. Et cela passe par l’aval des hommes, le couple hétéro bien rangé étant le cas idéal. Il vous offre un baromètre à la maison pour vous indiquer si vous êtes vraiment une femme qui se comporte en femme, ou si franchement, le décolleté inversé c’est vulgaire. Et du coup, pour un sujet utile, vous pouvez vous fader dix sujets se contentant de se demander si coucher avec son boucher nécessite un changement d’enseigne pour se fournir en steak haché, si le surfeur vaut mieux que l’informaticien, et si être fidèle c’est grave…

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Pendant ce temps là, les mecs apprennent à défoncer une porte, et à la reconstruire. Ca, c’est utile et instructif.

Le jour ou vous utilisez des chapeaux pour vos ébats, vous m'appelez, j'aimerais vraiment savoir comment on peut rendre ça intéressant.

Le jour ou vous utilisez des chapeaux pour vos ébats, vous m’appelez, j’aimerais vraiment savoir comment on peut rendre ça intéressant.

Les rapports amoureux sont un débat systématique dans la presse pour les femmes. Ils abordent tous le sujet comme s’il était indispensable, à croire que les femmes ne pensent qu’à cela. Le plus important, encore une fois, c’est de rentrer dans une case. Les rapports sont ultra codifiés, sans cesse disséqués. Ils nous disent comment lire les signes qui montrent qu’il nous aime, que nous avons à nous inquiéter, que nous sommes perdues, qu’il ne faut pas coucher avec untel, mais que lui par contre, c’est gratuit. La codification des rapports, la réglementation des comportements vis-à-vis de l’autre est une obsession. Une obsession traitée avec assiduité par l’ensemble de la presse donc, qu’ils s’adressent aux jeunes filles de 15 ans qu’aux femmes de 55.

Conclusion?

Autant la vision « bobonne apporte la bière » qu’on peut voir dans les magazines de mecs me donne envie de hurler, autant la place réservée aux hommes dans les journaux féminins me semble plus grave. C’est une façon beaucoup plus subtile de donner une légitimité à la place privilégiée des hommes dans notre société. La facilité avec les magazines féminins nous tire une balle dans le pied est rageante. Il est déjà difficile de se balader dans la rue sans se faire à harceler par le premier gros lourd croisé, sans qu’on donne en plus aux hommes la place du juge de nos comportements dans les journaux qui nous sont adressés…

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4 réflexions sur “Les magazines féminins et nous

  1. Moi dit :

    On peut savoir l’échantillon de magazines ?
    Quid des Causette, et autres supposés magazines non-« féminins » pour femmes ?

    • L’échantillon est visible sur l’image de l’article « Sans commentaire ». Mais dans le lot, il y a :
      – Biba
      – Cosmopolitan
      – Avantages
      – Femmes Actuelles
      – Jalouse
      – Glamour
      – Grazia
      Pour les hommes :
      – Men’s Health
      – GQ
      Nous avons aussi acheté Causette et Louise et ils ne font pas partis des magazines visés dans cet article. Nous parlons ici de la presse féminine « traditionnelle ».

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